Partout on voit les chroniqueurs citer l’article de 1983 de Diamond & Dybvig comme référence sur la ruée bancaire grecque, et maintenant aussi au sujet de l’Espagne. Paul Krugman l’a fait dans le New York Times, mais il n’est pas le seul. Je ne crois pas que ce soit vraiment une bonne référence pour penser aux ruées bancaires en Grèce. En fait j’irais même plus loin dirait qu’il s’agit de ce que Machlup appelait la “concrétude malplacée” (misplaced concreteness) où on cherche des politiques économiques immédiatement applicables dans des modèles qui n’ont rien à voir avec la réalité.

Le modèle de Diamond & Dybvig présente une ruée bancaire un peu particulière, c’est une réaction à une tache solaire (il n’y a aucune cause), les déposants ne peuvent pas réviser leurs anticipations (obligation de pousser la banque jusqu’à l’insolvabilité à chaque fois). C’est un modèle où il n’y a qu’une “banque” avec pour seule fonction de mettre certains risques en commun, elle est donc en fait plus près d’une assurance. Elle ne fait aucun prêt, aucun crédit, n’offre aucun billet de banque et n’a pas de capital. N’est pas modélisé la peur d’une faillite bancaire, ni la “transformation” à proprement parler, mais un problème de liquidité.

Diamond-Dybvig est donc un modèle déterministe, qui est parfois cité de façon pertinente, mais ce n’est pas un modèle vers lequel il faut se tourner à la recherche de solutions concrètes et directes aux problèmes actuels des banques européennes.