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“From 1928, Hayek and Morgenstern had been the co-directors of the [Austrian Trade Cycle Institute], with its tiny staff. […] Instead of resorting to public works as a means of countering depression, the Austroliberals promoted Auflockerung – namely, price flexibility and the removal of market restrictions in the spheres of both production and employment. Elsewhere in the capital, public speeches by Mises and Hayek promoted the same economic philosophy.”

Emphasis mine, Robert Leonard, 2010, Von Neuman, Morgenstern and the Creation of Game Theory, p. 148.

Edit: Over on Facebook Klaas Hoherz and Justin Ptak alerted me to the fact that it’s “Auflockerung”, and not “autoflockerung” like a previous version of this post mentioned. Sorry about that.

Dans un commentaire sur Contrepoints, Emmanuel Martin répond à mon billet du 3 janvier, “Le réalisme en sciences économiques”. Je me permets de reproduire son commentaire ici parce qu’il est plus complet, précis, et emploi une discours beaucoup plus académique que mon billet, écrit dans une langage familier pour s’adresser au problème familier. Emmanuel confirme certains de mes arguments et apporte des corrections et clarifications à certains autres:

Il y a réalisme et réalisme.

Le réalisme se réfère en premier lieu à la doctrine épistémologique selon laquelle la réalité existe indépendamment de l’observateur et des théories qu’il peut en faire (et se pose ainsi contre toute philosophie de l’esprit). Il y a donc une réalité objective à étudier.

Il se trouve que ce niveau ontologique d’objectivité des faits et des lois de causalité porte en sciences sociales sur le contenu subjectif des faits sociaux (évaluations, anticipations, buts…), c’est-à-dire le niveau ontique (voir Hayek 1952). L’objectivisme ontologique est donc parfaitement compatible avec le subjectivisme ontique (voir Uskali Mäki 1990).

La démarche réaliste consiste à pratiquer des abstractions de la réalité des particuliers de manière à en tirer des universaux (tant en termes d’objets qu’en termes des relations causales – de nécessité – qui les co-ordonnent). Le réalisme aristotélicien est immanent par opposition à transcendantal : l’existence des universaux dépend donc de celles des particuliers, c’est-à-dire que les universaux existent dans les particuliers qui les exemplifient, et pas dans une sphère indépendante de la réalité (comme le monde des Idées chez Platon).

Ce réalisme philosophique doit être distingué de la notion de réalisme que l’on trouve dans le « réalisme des hypothèses » (Mäki 1990), mais nous devons reconnaître le lien étroit entre les deux. Toute isolation théorique de la réalité empirique nécessite toujours un certain degré « d’irréalisme » au sens des hypothèses. Le tout est de savoir quel type d’isolation permet une abstraction des éléments justement essentiels de la réalité pour juger de cet irréalisme. A ce titre, le type d’isolation adopté est guidé par les buts scientifiques qui peuvent diverger.

Les théories en termes de modèle (fonctionnalisme) cherchent à capturer la réalité dans un moule formel par souci de prédiction, alors que les théories de processus causaux (causalité génétique) tentent d’isoler les éléments essentiels de la réalité par souci de compréhension (NB : la distinction entre théories génético-causales et théories fonctionnelles est effectuée par Mayer en 1932), ce qui n’exclut cependant pas la prédiction.

Les autrichiens faisaient face à une montée en puissance des théories en termes de modèles formels et tentaient de proposer une perspective théorique en termes de compréhension de la réalité. Cette compréhension nécessite de mettre à jour certaines caractéristiques essentielles de la réalité. Cette démarche réaliste nécessite donc une dose d’irréalisme dans le processus d’abstraction, mais le critère pour juger de la nécessité et du caractère approprié de cet irréalisme est bien la « façon dont marche le monde », c’est à dire ses caractéristiques « essentielles » (Mäki 1993, 2001).

Reférences rapides :

HAYEK, Friedrich (1952/1953/) Scientisme et sciences sociales, Plon.
MÄKI, Uskali (1990) « Scientific realism and Austrian explanation », Review of Political Economy, Vol. 2, n° 3, pp. 310-344.
MÄKI, Uskali (1993) « The Market as an Isolated Causal Process: A Metaphysical Ground for Realism » in Bruce Caldwell & Stephan Boehm (eds), Austrians Economics: tensions and New Directions, Kluwer Academic Publishers, pp.
MÄKI, Uskali (1994) « Isolation, Idealization and Truth in Economics », Poznan Studies in the Philosophy of the Sciences and the Humanities, Vol. 38 pp. 147-168.
MÄKI, Uskali (2001) « The Way the World Works (www): towards an ontology of theory choice », in The Economic World View: Studies in the Ontology of Economics, édité par Uskali Mäki, Cambridge University Press, pp. 369-389.

L’économie autrichienne attire énormément de curieux, de novices et de profanes vers elle. Ou, du moins, beaucoup plus que les autres courants de pensée en sciences sociales, mis à part peut-être le marxisme. Souvent, en tant qu’économiste, je suis surpris de voir à quel point des gens qui n’ont aucune formation en économie, et pour qui la façon de penser de l’économiste est relativement nouvelle, comprennent pourtant bien certaines théories. Il y a bien évidemment aussi certaines lacunes. Par exemple beaucoup de ces économistes amateurs (je ne dis pas ça de façon péjorative) n’ont pas un esprit critique aussi fin que celui de mes collègues. Un autre comportement fréquent est une certaine myopie; ils écartent certains auteurs en fonction de critères superficiels comme leur appartenance ou non-appartenance, réelle ou ressentie, à certains courants de pensée.

Un argument que je vois souvent utilisé pour défendre l’école autrichienne, par ces férus de l’école autrichienne mais aussi parfois chez certains économistes, est que ses théories sont plus “réalistes” que celles des autres écoles de pensée. Cela peut s’interpréter de plusieurs façons qu’on peut généralement regrouper en deux catégories : (1) les hypothèses de l’école autrichienne sont plus réalistes, (2) les conclusions sont plus près de la réalité.

Bien entendu, aucun économiste ne cherche à être complètement déconnecté de la réalité et à avancer une théorie complètement irréaliste. Pourtant, il vaut mieux ne pas utiliser l’adjectif réaliste pour parler de l’école autrichienne, et ce pour une multitude de raisons.

Ceux qui prétendent que l’école autrichienne avance une théorie aux hypothèses plus “réalistes” le font parfois à partir du sentiment que celle-ci aborde de véritables hommes et non pas comme des calculettes maximisatrices. Sans suggérer que s’attacher à la réalité est superflu, ou que la théorie gagne à être complètement abstraite, un certain niveau d’abstraction, et donc de détachement de la réalité, est nécessaire. Il y a un exemple que j’aime donner à mes étudiants pour leur expliquer ce qu’est un modèle; celui de la mappemonde. Si l’on devait créer une mappemonde “réaliste”, qui traduit parfaitement la réalité, elle serait… complètement inutile. Tout d’abord elle serait à l’échelle 1:1, donc impossible à transporter avec soi, ensuite les routes et les villes seraient grandeur nature, donc difficilement visible sans l’abstraction des traits de couleurs et des grandes lettres indiquant les lieux. Cette mappemonde “réelle” ne nous serait d’aucune aide pour établir un itinéraire, ou pour comprendre comment le monde est fait. A l’inverse, les mappemondes comme on les connait, bien qu’elles soient abstraites, bien qu’elles déforment la réalité, bien qu’elles omettent presque tous les détails qui font que le monde est monde, nous aide à comprendre la géographie.

La même chose peut être dite de la théorie économique; un modèle pour expliquer le comportement des hommes qui serait parfaitement réel serait parfaitement illisible. Pour rendre ces comportements lisible et compréhensible, la science économique a justement choisi de se concentrer sur la rationalité. Réfléchir aux choix et actions de l’homme à partir de sa rationalité permet d’isoler certains traits, et ainsi pouvoir théoriser sur ceux-ci. Bien entendu, ce qui fait que l’homme est homme va bien au-delà de sa rationalité. Ceci n’exclut donc pas la possibilité, et la nécessité, des analyses pluridisciplinaires. Comme Hayek le rappelait: “Un économiste qui serait seulement un économiste ne sera jamais un grand économiste, et je suis même tenté d’ajouter que l’économiste qui n’est qu’un économiste est susceptible de devenir une nuisance si ce n’est pas un réel danger.” Peter Boettke se plait à ajouter à cette citation que la seule chose pire qu’un économiste qui ne connait que l’économie est le philosophe politique qui ne connait pas d’économie.

La seconde interprétation serait que la théorie autrichienne décrit mieux la réalité. Or, c’est une interprétation qui pose encore plus problème puisque la théorie autrichienne se veut subjectiviste, et que les phénomènes économiques significatifs, comme la valeur ou les anticipations, n’existent pour ainsi dire que dans le ressenti individuel de chaque individu. Si, en effet, il semble que la théorie autrichienne établisse de meilleures “prédictions”, il faut comprendre qu’elle s’attache précisément à être jugée non pas sur la qualité de ses prédictions, mais sur la qualité de son raisonnement aprioriste. Prétendre qu’elle décrit mieux la réalité objective serait se méprendre sur la nature de ce que la théorie autrichienne tente d’expliquer et sur les critères de scientificité en sciences sociales.

Il n’est donc pas tout à fait exact de prétendre qu’un type d’analyse économique, et tout particulièrement l’analyse de l’école autrichienne, est plus “réaliste” que ses alternatives. On peut en revanche tout à fait défendre que l’école autrichienne explique mieux les phénomènes concernés, qu’elle choisit des abstractions plus pertinentes, ou encore qu’elle s’attaque à des questions qui semblent plus intéressantes et importantes que d’autres écoles de pensée.

Ce sondage pose la question à plusieurs grands économistes; doit-on “casser” les grande banques pour rendre leurs problèmes éventuels plus soutenable pour le contribuable et l’économie? Y-a-t-il vraiment un bénéfice net à avoir d’aussi grandes banques?

Sans trop de surprises, la majorité des économistes interrogés répondent qu’il faut casser les grandes banques. Parmi le sous-échantillon d’économistes travaillant sur la banque où ayant publié sur le problème du risque systémique, la réponse est moins claire. Zingales est pour. Hall est contre et commente que les banques feraient alors tout simplement plus appels à des engagements hors-bilan. Goolsbee est indécis et rapelle qu’il y a bien d’autres facteurs de risque que la taille qui ont joué. D’autres réponses sont tout aussi intéressantes, tout comme les réponses à la seconde question.

Mon opinion se situe quelque part entre Duffy qui se dit contre, mais émet le commentaire que la question est intéressante mais requiert davantage de recherche sur les effets pervers de cette mesure, et Levin qui est indécis et demande plus de détails sur les procédures exactes qui seront employés pour réduire la taille des banques.

Il intéressant de noter qu’aucun ne mentionnent d’effets sur la recherche de rente ou la corruption, en se focalisant obstinément sur l’efficience de ces mesures. La façon dont les questions sont formulées y est peut-être pour quelque chose.

Version vidéo de l’article disponible ici.

Le livre L’Ecole Autrichienne de A à Z édité par le professeur Antoine Gentier et le professeur François Facchini est enfin disponible!

L'Ecole autrichienne de A à ZL’objet de ce livre est de donner des définitions sur les concepts clés développés par l’école autrichienne en science économique et de fournir les principales références bibliographiques relatives à ces concepts. Chaque entrée se compose d’un article accompagné de sa bibliographie. Le livre peut se lire comme un dictionnaire ou en suivant un guide de lecture thématique.

Le livre est destiné à tous les publics curieux de connaître l’état de l’art sur les apports contemporains de l’école autrichienne en science économique. Il peut servir de manuel complémentaire pour donner aux étudiants des définitions sur 50 concepts clés comme l’entrepreneur, les cycles économique, la monnaie, le subjectivisme, le droit, la finance, la concurrence, le monopole, la firme, le prix, le profit, le taux d’intérêt et beaucoup d’autres encore. J’y ai contribué pour les concepts de coût d’opportunité, de temps et de dispersion de la connaissance.

Il s’agit donc d’un ouvrage collectif rassemblant les contributions des auteurs suivants:
Mathieu Bédard, Laurent Carnis, Virginie Doumax, François Facchini, Pierre Garello, Antoine Gentier, Nathalie Janson, Elisabeth Krecké, Youcef Maouchi, Patrick Mardini, David Moroz, Philippe Nataf, Steeve Paillard, Frédéric Sautet, Luc Tardieu.

15 auteurs, 50 articles, 196 pages, un prix HT de 6,95 euros en format livre, 1,49 HT euros en format pour Ipad ou Iphone, une livraison par UPS partout dans le monde.

Les faillites bancaires causent problèmes. Un peu parce qu’un flou mystique entoure la faillite et ce qui se passe quand une entreprise devient insolvable, on craint que les faillites bancaires provoquent des vagues de faillites. Stiglitz n’hésite pas à employer le terme “Armageddon”. Bien que cette peur soit largement surfaite vu ce qu’est réellement une faillite bancaire, le risque systémique doit être pris au sérieux ; dans tous les cas on aura trouvé une alternative plus efficace aux faillites selon le Chapter 11 américain, critiqué pour sa lenteur et ses coûts élevés.

L’une des nombreuses solutions proposée au problème des faillites des institutions financière systémiquement importantes est le “bail-in”. Le nom est un peu un jeu de mots, le “bail-out” est le sauvetage financier classique où la banque centrale injecte du capital dans la société qui pose problème (intervention de l’extérieur, “out”), et le “bail-in” serait un cas où la banque se sauve elle-même, en transformant des dettes en capital (intervention de l’intérieur, “in”). Des collègues comme Guillaume Vuillemey, Vincent Poncet et Vincent Bénard se sont montrés enthousiastes par rapport au bail-in par le passé ou écrivent régulièrement sur le sujet. The Economist avait publié un article sur le sujet. Sans dire que ce n’est pas une bonne solution, ou que ce n’est pas la voie qu’il faille explorer pour mettre fin aux bail-outs coûteux et créant un aléa moral immense, je dois vous avouer que je suis un peu sceptique.

Mais, tout d’abord, pourquoi avoir recours à une solution de ce genre et ne pas simplement “rien faire”, surtout si comme moi vous êtes sceptique sur l’existence même d’un risque systémique ? Parce que l’on peut affirmer avec une certaine certitude que les gouvernements ne savent pas se restreindre, et finiront toujours par utiliser le sauvetage financier même si un jour il nous était démontré sans équivoque qu’aucune entreprise n’est Too Big To Fail et qu’il n’y a pas de risque systémique. Jusqu’à tout récemment on croyait que la meilleure attitude que le régulateur puisse avoir face aux sauvetages financiers et au statut de Too Big To Fail était l’ambivalence constructive ; entretenir un certain flou autour de l’existence de ce statut. Aujourd’hui plus personne n’est dupe, tout le monde sait que l’Etat ne laissera jamais une grande banque faire faillite et que les grandes banques le savent pertinemment bien. En fait, la situation est bien pire puisque lorsque par un concours de circonstances exceptionnel une grande banque comme Lehman Brothers échappe au bail-out, ce qui devrait pourtant être la règle, cela crée une telle surprise que les marchés sont pris de panique. Il faut donc trouver une solution alternative qui soit à la fois crédible et qui rende le sauvetage financier inutile.

Entre donc en scène l’idée du bail-in. L’idée se décline de plusieurs façons, mais en général lorsque les banques sont sur le point de devenir insolvables une partie de leur dette se transforme en capital. Une autre version du bail-in prend place post-insolvabilité, avec transformation de certaines dettes en capital ou par un appel à financement auprès des créanciers par l’administrateur judiciaire. Nous n’explorerons que le premier cas. Il parait assez simple, et même juste, mais cela soulève en fait tout un tas de questions pour lesquelles il n’y a pas de réponses définitives pour l’instant ;

  • La caractéristique la plus importante d’un outil contre le risque systémique est de ne pas lui-même créer de risque systémique. Comment s’assurer que ces titres de créance ne créent pas, lorsque leur enclenchement est imminent, des fire sales qui exacerbent le problème du risque systémique ? En effet, il existe un risque que l’anticipation d’une dilution du capital crée une panique sur les marchés.
  • Encore pire, cette conversion pourrait déclencher des ruées bancaires dès l’annonce d’une mauvaise nouvelle chez les créanciers craignant la conversion de leur créance. On imagine que ces titres seraient limités à la dette subordonnée, mais encore, est-ce assez pour contenir le problème ? Et cela pose la question de savoir si les banques ont toutes assez de dette subordonnée pour que la solution soit suffisante.
  • Pour certaines catégories de banques dont la structure du capital est fragile, comme les coopérative ou les banques mutualistes, la transformation de dettes en capital peut poser de réels problèmes. Faudra-t-il trouver une solution alternative qui leur soit spécifique ?
  • La dette subordonnée transformable en capital sera-t-elle un instrument à la disposition des banques ou devront-elle en émettre des quantités réglementées ? Ou la transformation dette-capital est-elle faite sur une base entièrement statutaire ? L’interprétation de ces débats par le Fond de garantie des dépôts français penche pour l’instant pour sa version statutaire, donc déclenchés par le régulateur. Cela amène deux autres questions;
    • S’ils sont effectivement statutaires, cela introduit dans la réglementation financière une évolution alarmante pour les droits de propriété ; l’Etat peut maintenant à volonté diluer le capital des sociétés financières sans qu’une assemblée ait été convoquée et sans l’accord des actionnaires. C’est aussi alarmant pour les créanciers, non seulement pour le respect des contrats, mais quel sera l’effet de cette manoeuvre sur leurs bilans et principalement sur la liquidité de leur actif ?
    • S’ils sont contractuels, sont-ils déclenchés par un ratio ou un indice, ou par un passage sous le capital réglementaire ?

Et cette dernière question est ce qui jette le plus de doute sur l’utilisation d’instruments de type bail-in, du moins dans sa version pré-insolvabilité. Face à une faillite imminente, les actionnaires refusent souvent les mesures qui leur éviteraient la faillite, et ce pour plusieurs raisons ; le surplomb de la dette (“Debt overhang” ; si du capital devait être émis ce serait à un prix tellement faible qu’il serait dilutif) et parce qu’à cause de la responsabilité limitée ils ont la possibilité de transférer une partie de leur risque sur les créanciers ou les contribuables (risk-shifting). On peut penser que les actionnaires et managers chercheraient à contourner le déclenchement de ce “dette pour capital” en profitant du write-down lag. En effet, pour maintenir la franchise value et la reputation value, et ne pas envoyer l’entreprise dans une spirale dans laquelle il est difficile de lever des liquidités, les banques sont souvent réticentes à acquiescer leurs pertes et les inscrire au bilan. Par exemple, le capital de la Citibank avant son sauvetage financier n’est jamais officiellement descendu en dessous des 11,5% (alors que Bâle II exigeait environ 4%). Or on sait maintenant qu’elle était insolvable au moment de son sauvetage. Ce write-down lag est un véritable obstacle aux bail-ins puisque si la conversion dette-capital ou l’insolvabilité est retardée, il y a un risque que les meilleurs actifs aient déjà été liquidés sous des conditions qui ne sont pas idéales pour les créanciers.

Et, curieusement, la question se pose aussi si le déclenchement de ces outils est statutaire. En fait, la FDIC est connue pour sa tolérance face aux difficultés des banques. Elle jouit d’une certaine liberté dans ses actions ; elle peut déclencher les procédures de faillite bancaire de façon préemptive ou tolérer qu’une banque insolvable ou quasi-insolvable continue de fonctionner. On peut alors être sceptique sur la réelle efficacité de ces instruments, dans la mesure où nous n’avons pas de garantie qu’ils seront utilisés.

Le bail-in est un principe qui intéresse beaucoup de chercheurs très aptes, et je ne doute pas qu’on ait au moins des débuts de réponse à plusieurs voire toutes ces interrogations très prochainement. Il est intéressant de noter que le marché ne semble pas être très emballé par ces instruments là où ils ont déjà été proposés. Pour l’instant la meilleure attitude à adopter est un raisonnable scepticisme.

Si vous aviez des cours d’économie au lycée, dans votre BTS ou à l’Université, vous avez probablement appris que l’inflation était une hausse généralisée et durable du niveau des prix. C’est par exemple la définition qu’emploient les journalistes lorsqu’au JT vous entendez dire que “l’inflation est stable” (qui veut donc dire que les prix augmentent à un rythme stable). C’est aussi, sans trop de surprise, la définition utilisée par la plupart des économistes.

Il existe toutefois une vision alternative selon laquelle le mot inflation devrait conserver sa signification historique, c’est à dire une augmentation de la masse monétaire. En d’autres mots, la définition “d’inflation” serait le fait de créer de la monnaie, et qu’il y en ait donc plus en circulation qu’auparavant. Malgré l’enthousiasme et la préférence de plusieurs économistes pour cette seconde définition, elle a du mal à gagner en popularité. Cette définition est-elle plus juste que la définition plus répandue? Read the rest of this entry »

Steven Horwitz, le 29 novembre 2010

Depuis le début de la crise financière et de la récession, il y a un regain d’intérêt pour les idées de l’économie autrichienne chez les chercheurs, les intellectuels, et même les médias. Pour la première fois depuis longtemps, le cadre analytique de l’économie autrichienne est mentionné, s’il n’est pas pris au sérieux, par une certaine variété de faiseurs d’opinions. Il s’agit, bien sûr, d’une bonne chose.

Toutefois, en même temps, cette popularité a conduit de nombreuses personnes à utiliser le label « Autrichien » pour décrire leur point de vue sur des questions autres que celles se rapportant au cadre analytique qu’ils apportent à la science économique. En particulier, « Autrichien » est devenu le quasi équivalent d’« économie de marché » ou « libertarien » non seulement indirectement, mais directement par l’utilisation de termes tels qu’« austro-libertarien » pour décrire certaines mesures économiques ou certaines visions du monde. Le résultat est que, malgré cette publicité supplémentaire, ce qu’EST l’économie autrichienne a souvent été déformée en quelque chose qu’elle N’EST PAS. Read the rest of this entry »

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