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Ce sondage pose la question à plusieurs grands économistes; doit-on “casser” les grande banques pour rendre leurs problèmes éventuels plus soutenable pour le contribuable et l’économie? Y-a-t-il vraiment un bénéfice net à avoir d’aussi grandes banques?

Sans trop de surprises, la majorité des économistes interrogés répondent qu’il faut casser les grandes banques. Parmi le sous-échantillon d’économistes travaillant sur la banque où ayant publié sur le problème du risque systémique, la réponse est moins claire. Zingales est pour. Hall est contre et commente que les banques feraient alors tout simplement plus appels à des engagements hors-bilan. Goolsbee est indécis et rapelle qu’il y a bien d’autres facteurs de risque que la taille qui ont joué. D’autres réponses sont tout aussi intéressantes, tout comme les réponses à la seconde question.

Mon opinion se situe quelque part entre Duffy qui se dit contre, mais émet le commentaire que la question est intéressante mais requiert davantage de recherche sur les effets pervers de cette mesure, et Levin qui est indécis et demande plus de détails sur les procédures exactes qui seront employés pour réduire la taille des banques.

Il intéressant de noter qu’aucun ne mentionnent d’effets sur la recherche de rente ou la corruption, en se focalisant obstinément sur l’efficience de ces mesures. La façon dont les questions sont formulées y est peut-être pour quelque chose.

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Partout on voit les chroniqueurs citer l’article de 1983 de Diamond & Dybvig comme référence sur la ruée bancaire grecque, et maintenant aussi au sujet de l’Espagne. Paul Krugman l’a fait dans le New York Times, mais il n’est pas le seul. Je ne crois pas que ce soit vraiment une bonne référence pour penser aux ruées bancaires en Grèce. En fait j’irais même plus loin dirait qu’il s’agit de ce que Machlup appelait la “concrétude malplacée” (misplaced concreteness) où on cherche des politiques économiques immédiatement applicables dans des modèles qui n’ont rien à voir avec la réalité.

Le modèle de Diamond & Dybvig présente une ruée bancaire un peu particulière, c’est une réaction à une tache solaire (il n’y a aucune cause), les déposants ne peuvent pas réviser leurs anticipations (obligation de pousser la banque jusqu’à l’insolvabilité à chaque fois). C’est un modèle où il n’y a qu’une “banque” avec pour seule fonction de mettre certains risques en commun, elle est donc en fait plus près d’une assurance. Elle ne fait aucun prêt, aucun crédit, n’offre aucun billet de banque et n’a pas de capital. N’est pas modélisé la peur d’une faillite bancaire, ni la “transformation” à proprement parler, mais un problème de liquidité.

Diamond-Dybvig est donc un modèle déterministe, qui est parfois cité de façon pertinente, mais ce n’est pas un modèle vers lequel il faut se tourner à la recherche de solutions concrètes et directes aux problèmes actuels des banques européennes.

Mario Rizzo de l’Université de New York insiste sur un point important concernant l’absence de définition du risque systémique, et la corruption que ce flou génère. Le risque systémique n’a pas de définition claire, pas d’exemple clair, que des scénarios apocalyptiques. Parmi les scénarios sur la table sont ceux de la contagion de contrepartie (les dominos; la faillite d’une institution financière entraînant des pertes plus importantes que le capital des créanciers), et la contagion informationnelle (la faillite révèle des informations sur les risques tiers partagés, et les réactions outrepassent le réajustement et provoquent à elles seules l’insolvabilité d’autres institutions). Aucun n’est vraiment convaincant.

Il est ironique que la crainte du risque systémique ait abouti à accorder plus de pouvoir au Fond de garanti des dépôts américain à travers la Loi Dodd-Frank. Tout suggère pourtant qu’il en est la cause principale, non seulement parce qu’il diminue la quantité de capital des banques ont besoin ou à cause de la façon dont il outrepasse presque toujours son mandat pour assurer tous les créanciers non assurés, ou à cause des techniques utilisées pour résoudre les banques en faillite, mais parce qu’il retarde les faillites. Il en est coupable par une trop grande tolérance réglementaire (une flexibilité qui bien entendu ne comporte pas uniquement des désavantages), mais aussi et surtout parce qu’il empêche l’émergence de ruées bancaires qui pourraient révéler les institutions mal gérées avant le pic de la crise ne frappe, et que les faillites ne soient effectivement plus gérables.

Quel est le rôle de la recherche économique dans l’ensemble de cette situation? Il semble que la plupart du temps elle ait, parfois involontairement, fournie des justifications au fantasme du Too Big to Fail plutôt que l’inverse. Il suffit de penser à la façon dont la contagion financière et les ruées bancaires sont devenues un sujet brûlant au début des années 80, respectivement avec Aharony & Swary et Diamond & Dybvig, pour être utilisé comme une justification pour le renflouement de la Continental Illinois quelques années plus tard. Même chose dans les années 90; Schleifer & Vishny ont fourni un cadre théorique pour que des scénarios apocalyptiques de “fire sale” chez la Long Term Capital Management s’accrochent à nos esprits. Encore une fois, pensez à la façon dont la gestion des liquidités et leur rôle dans les crises est devenu un sujet brûlant dans le milieu des années 2000, et la façon dont la promotion du TARP a été faite… Attention, je ne prétends pas qu’il y ait là une causalité forte, mais le lien est tout de même intéressant.

Le livre L’Ecole Autrichienne de A à Z édité par le professeur Antoine Gentier et le professeur François Facchini est enfin disponible!

L'Ecole autrichienne de A à ZL’objet de ce livre est de donner des définitions sur les concepts clés développés par l’école autrichienne en science économique et de fournir les principales références bibliographiques relatives à ces concepts. Chaque entrée se compose d’un article accompagné de sa bibliographie. Le livre peut se lire comme un dictionnaire ou en suivant un guide de lecture thématique.

Le livre est destiné à tous les publics curieux de connaître l’état de l’art sur les apports contemporains de l’école autrichienne en science économique. Il peut servir de manuel complémentaire pour donner aux étudiants des définitions sur 50 concepts clés comme l’entrepreneur, les cycles économique, la monnaie, le subjectivisme, le droit, la finance, la concurrence, le monopole, la firme, le prix, le profit, le taux d’intérêt et beaucoup d’autres encore. J’y ai contribué pour les concepts de coût d’opportunité, de temps et de dispersion de la connaissance.

Il s’agit donc d’un ouvrage collectif rassemblant les contributions des auteurs suivants:
Mathieu Bédard, Laurent Carnis, Virginie Doumax, François Facchini, Pierre Garello, Antoine Gentier, Nathalie Janson, Elisabeth Krecké, Youcef Maouchi, Patrick Mardini, David Moroz, Philippe Nataf, Steeve Paillard, Frédéric Sautet, Luc Tardieu.

15 auteurs, 50 articles, 196 pages, un prix HT de 6,95 euros en format livre, 1,49 HT euros en format pour Ipad ou Iphone, une livraison par UPS partout dans le monde.

On demande souvent aux économistes de faire des prédictions, en particuliers quelle sera la prochaine bulle financière, faisant suite à la bulle des subprimes aux É.-U. Bien entendu, les économistes ne peuvent pas répondre à ces questions, ils ne connaissent pas plus l’avenir que vous. On peut toutefois se montrer méfiant comme le fait Jerry O’Driscoll, sur la base de certaines observations qui semblent aberrantes.

Petit rappel technique sur les bulles financières ; ce sont des clusters d’erreurs d’investissement à grande échelle. On parle de bulle quand tout un marché s’est emballé autour d’un type de projet, et que ces projets ne pourront pas être portés jusqu’au bout. Selon l’explication Hayek-Garrison, il y a alors eu malinvestissement, c’est-à-dire que les décisions ont été guidées par une illusion monétaire sur la disponibilité des ressources investissables. Cette illusion monétaire a lieu lorsque la création monétaire laisse supposer que certains secteurs seront plus rentables qu’ils ne le seront réellement. Les taux d’intérêts américains ayant été maintenus très bas pendant une très longue période par une création monétaire à grande échelle de la Fed, on peut supposer qu’il y a en ce moment des malinvestissements qui sont réalisés ; des bulles latentes.

La société AMR, maison mère d’American Airlines et une petite dizaine d’autres filiales apparentées, a passé un contrat record de 460 avions avec Airbus et Boeing, dont 365 avions pour le constructeur français. Ce marché permettera à AMR de passer de la plus vieille flotte du marché américain à la flotte la plus récente en à peine 5 ans. Les contrats chez les sociétés aéronautiques sont des montages financiers complexes ; les 230 premiers avions seront entièrement financés par les fabricants aéronautiques pour la rondelette somme de 13 milliards de dollars, et loués sous forme d’un crédit-bail à AMR. Le but de cette opération est de ne pas alourdir son bilan déjà mal en point. Et en effet, AMR a annoncé plus de 236 millions de dollars de pertes parmi ses filiales au dernier trimestre. Elle n’a pas réalisée de profits depuis 2007. Comme le fait remarquer Holman Jenkins dans le Wallstreet Journal, c’est comme si les deux plus grandes banques du marché accordaient un prêt immobilier “subprime” à AMR, sans lui demander d’apport personnel, pour 115% de la valeur de son bien. On se retrouve dans une situation qui rappelle celle ayant menée à la crise immobilière aux É.-U., sans bien sur que cela ne prouve quoi que ce soit.

Il existe évidemment beaucoup d’autres bons candidats pour les bulles financières (l’or, le pétrole, le marché de l’immobilier à nouveau, etc.). L’économiste doit rester humble face au futur et aux phénomènes complexes, tout en gardant un oeil ouvert à ce qui pourrait se révéler être du malinvestissement.

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