Mario Rizzo de l’Université de New York insiste sur un point important concernant l’absence de définition du risque systémique, et la corruption que ce flou génère. Le risque systémique n’a pas de définition claire, pas d’exemple clair, que des scénarios apocalyptiques. Parmi les scénarios sur la table sont ceux de la contagion de contrepartie (les dominos; la faillite d’une institution financière entraînant des pertes plus importantes que le capital des créanciers), et la contagion informationnelle (la faillite révèle des informations sur les risques tiers partagés, et les réactions outrepassent le réajustement et provoquent à elles seules l’insolvabilité d’autres institutions). Aucun n’est vraiment convaincant.

Il est ironique que la crainte du risque systémique ait abouti à accorder plus de pouvoir au Fond de garanti des dépôts américain à travers la Loi Dodd-Frank. Tout suggère pourtant qu’il en est la cause principale, non seulement parce qu’il diminue la quantité de capital des banques ont besoin ou à cause de la façon dont il outrepasse presque toujours son mandat pour assurer tous les créanciers non assurés, ou à cause des techniques utilisées pour résoudre les banques en faillite, mais parce qu’il retarde les faillites. Il en est coupable par une trop grande tolérance réglementaire (une flexibilité qui bien entendu ne comporte pas uniquement des désavantages), mais aussi et surtout parce qu’il empêche l’émergence de ruées bancaires qui pourraient révéler les institutions mal gérées avant le pic de la crise ne frappe, et que les faillites ne soient effectivement plus gérables.

Quel est le rôle de la recherche économique dans l’ensemble de cette situation? Il semble que la plupart du temps elle ait, parfois involontairement, fournie des justifications au fantasme du Too Big to Fail plutôt que l’inverse. Il suffit de penser à la façon dont la contagion financière et les ruées bancaires sont devenues un sujet brûlant au début des années 80, respectivement avec Aharony & Swary et Diamond & Dybvig, pour être utilisé comme une justification pour le renflouement de la Continental Illinois quelques années plus tard. Même chose dans les années 90; Schleifer & Vishny ont fourni un cadre théorique pour que des scénarios apocalyptiques de “fire sale” chez la Long Term Capital Management s’accrochent à nos esprits. Encore une fois, pensez à la façon dont la gestion des liquidités et leur rôle dans les crises est devenu un sujet brûlant dans le milieu des années 2000, et la façon dont la promotion du TARP a été faite… Attention, je ne prétends pas qu’il y ait là une causalité forte, mais le lien est tout de même intéressant.